Andy Tauer

Traçant son sillage loin des flamboyants couturiers parisiens et des filières vieille France des maisons de renom, Andy Tauer n’est ni Thierry Mugler ni Jean-Paul Guerlain. Non, avec ses lunettes désuètes, son épaisse moustache, son doctorat en chimie décroché à l’ETHZ et son iconoclasme assumé, il se rapproche plutôt du Walter White de Breaking Bad. En véritable autodidacte – du monde de la parfumerie il ne connaît rien, n’ayant reçu aucune formation classique –, il entame l’éducation de son nez en psalmodiant le traité de Mandy Aftel, Essence and Alchemy. D’échappatoire à sa carrière décidément trop corporate, le hobby devient vocation.

Une librairie zurichoise sise Spiegelgasse accueille ses deux premières créations puis c’est la consécration. Encensées par les critiques spécialisés Luca Turin et Tania Sanchez dans leur ouvrage de référence Perfumes: The Guide (2008), les superbes œuvres olfactives d’Andy Tauer, nées d’une vision intransigeante, d’ingrédients raffinés et d’une précision d’horloger, trouvent ainsi leur place dans le cercle très intime de la Haute Parfumerie de niche.

À l’instar de Walter White aka Heisenberg et son Blue Sky, l’assise scientifique procure au parfumeur la rigueur nécessaire à la maîtrise absolue de son processus de création, à son illusoire quête de perfection, à un résultat enivrant et incantatoire.

Car la marque Andy Tauer reste avant tout l’apanage d’un seul homme. Contrairement à Heisenberg, le créateur ne cherche pas à enfanter un empire ; au contraire, la modeste dimension de son atelier lui offre toute l’agilité et la célérité nécessaire pour optimiser inlassablement son opérationnel, sa communication, sa logistique. Ses gestes d’artisans, maniant aussi bien Excel que les aldéhydes, sont ainsi omniprésents à chaque étape : composition des formules, recherche et sélection des molécules, gestion des commandes… jusqu’à à amener chaque jour les colis contenant ses parfums – baptisés Immersive Sculptures – à la poste.

Sa promesse ? Un souvenir encapsulé. Un exemple ? L’Air du Désert Marocain, sa deuxième création, cerne le vent chaud et sec du vaste Sahara qui, venant de la mer, transportant arômes épicés des souks des villes côtières et effluves des buissons de jasmins en fleurs, chasse tout nuage pour faire place à mille et une étoiles alors que les bédouins encore assoupis sont baignés par la lune gigantesque et pleine qui rase les dunes. Cloîtré dans un flacon à l’iconique silhouette pentagonale – flacon gaufré du merveilleux lettrage-signature, chic et suranné évoquant les années 1950, qui compose le logotype Tauer –, cet air, à l’ardeur tellurique, chargé de feu, de silence et de poussière, offre des moments fugaces d’opulence, de gourmandise sensuelle ; intoxicant.

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